La via Podiensis avec Léopold, 13 ans & Honoré 7 ans


La plupart de nos dimanches, enfant, était dédiée à la marche en haute montagne, dans les Alpes du Sud.
A vrai dire, nous détestions cela. C'était long, les pentes étaient ardues, nous avions faim. Constamment.
Avec nos estomacs d'enfants, qui ont toujours faim. 

 

Et puis arrivés à l'adolescence, nous avons commencé à aimer ce goût du défi, du dépassement, du silence, de l'effort et du pique-nique mérité. Nous avons commencé à apprécier la liberté des paysages grandioses, de l'odeur de la forêt quand nous l'approchions et que l'air de la fenêtre ouverte nous revigorait. 

Arrivé à l'âge adulte, la montagne et la marche étaient devenues indispensables, comme le seul lieu où nous pouvions réellement nous ressourcer. 

Pour remercier nos parents de ce don discret, nous avons décidé que les enfants étaient assez grands pour commencer à marcher. Et c'est tout naturellement que nous avons choisi la Via Podiensis, le G65, autrement dit, le Chemin de St Jacques de Compostelle, au départ du Puy en Velay pour commencer. 

Nous étions déjà partis seuls, chacun de notre côté et sans enfants sur le Chemin mais nous voulions que les enfants découvrent le "Vrai" départ (sachant qu'il n'y a pas de vrai départ à proprement parler, et que s'il en est un, c'est la porte de chez soi).

C'est un vrai lieu de partage, et d'universalité, où randonneurs et pèlerins se mêlent, croyants ou pas, pour l'aventure, pour la découverte, pour la quête. Toutes les raisons mènent à St Jacques, et personne n'en revient tout à fait le même.

Notre préparation 

Combien de Kilomètres avec des enfants ? 

Grégoire et moi sommes de bons marcheurs. Lors de nos précédentes randonnées sans enfants, nous marchions 30 km / jour, ce qui est plus ou moins le nombre de kilomètres qu'un adulte bon marcheur réalise par étape. 

Mais alors avec les kids ? C'était assez flou, j'avais une idée assez vague de ce qu'ils seraient capables de faire. 

Nous sommes partis du principe qu'ils avaient un rythme de 4/5 km par heure en moyenne, et que faire 10 km par jour seraient vite plié, car cela correspondait à 3h grand maximum, soit une heure et demi le matin et la même chose l'après-midi. easy. 

Nous avons donc bâti notre randonnée en alternant une journée 10km / une journée 15 / 18 km. 

Nb. Ne pas se fier à la capacité d'un enfant à marcher en ville. 


"Le mien il fait trois pas et il se rue par terre tel un lamantin dépressif, alors marcher 15 kilomètres par jour, pensez-vous". 

Si si, il va marcher.

Parce que la campagne, c'est pas pareil, c'est beau, c'est silencieux, y'a des vaches tous les dix mètres. Et surtout parce que vous aurez fait un gros teasing : 

"Nan mais regarde ça, un opinel, rien que pour toi (il existe des opinels à bout rond pour les plus petits) et puis tu vas avoir ton propre bâton de marche, et puis à chaque étape, tu auras un tampon sur ta créanciale."

Une marche, ça s'événementialise un peu, quand même. 

Pour lever tous doutes : nous avons croisé une famille de cinq filles de 14 mois à 10 ans. Et ça marchait vingt bornes par jour. Et ça dormait sous tente. Donc bon, y'a de la marge. 

L'équipement 

Concernant notre équipement, étant déjà partie deux fois sur le Chemin, j'avais appris de mes erreurs passées ( 1ère fois : sac de 15kg, oui mais biensûr...).

La règle : pas plus de 7/8Kg, avec le strict minimum (liste en pièce-jointe ) On lave les vêtements du jour, le soir en arrivant. 

Nous avons décidé de ne pas faire porter de sac aux enfants; ils avaient un petit sac avec de l'eau et le pique-nique. 

Les étapes 

Rodés à l'exercice, nous avions réservé tous nos gîtes à l'avance, avec les enfants, nous n'avons pas laissé de place à l'improvisation. 

Un Miam miam dodo et un guide michelin pour le découpage des étapes (détail à la fin de l'article) et c'est parti. 
Après avoir hésité à dormir sous tente, nous avons privilégié dormir en gîte pour cette première expérience, et en demi-pension pour la plupart, afin de ne pas se charger. 
Chacun avait cependant un sac de couchage, pour éviter le louer les draps à chaque étape. 


Le départ 

Après des grosses sueurs froides les nuits précédentes ( je n'avais pu faire autrement, et nous avions une étape de 18 km incompressible) "mais ils ne vont jamais tenir" (<- tu parles Charles) nous voilà debout à 5h direction la gare de Lyon. 

Nous n'avions pas trop de doutes sur notre 7 ans, mais davantage sur notre 13 ans. Va t-il se prendre au jeu ? Comment allait-on lui dire que son téléphone portable risquer de ne pas capter 95% du temps (surrrrprrrrissse) 

Nous arrivons au Puy en Velay, il faut monter jusqu'au grand séminaire où nous dormons la première nuit, avant de partir. Nous voulions que les enfants vivent le départ dans les règles de l'art. 
A l'issue de la messe de 7h, c'est la grande bénédiction des pèlerins qui prennent le Chemin, croyant ou non, celui fait parti de la grande tradition du départ ! 

Chacun est invité à prendre une intention de prière, s'il le souhaite, pour l'accompagner sur le Chemin et à l'inverse, nous sommes invités à en déposer une pour que les suivants. 

Au centre de la Cathédrale, sur le sol, deux grandes trappes se sont ouvertes, gardées fermées jusque-là, laissant apparaître un large escalier. 

C'est le début du Chemin. 


La marche 

Mes doutes sur la capacité des enfants se sont envolés très rapidement. Honoré est souvent à la traîne, non pas par fatigue ou lassitude, mais pour regarder une mouche, une araignée, les vaches, évidemment. 
Beaucoup de vaches. Et très très souvent. 

Le soir, lorsque nous arrivons au gîte, les garçons ont encore beaucoup d'énergie pour jouer. Nous venons de faire nos premiers 10km très facilement et je suis bien soulagée. 

Entre Le rouget et Aumont-Aubrac, nous avons croisé des marcheurs qui nous ont conseillé une variante, avec au bout une cascade. Notre étape de 18 km s'est transformée en 21 km. Au bout, des enfants ravis. Et toujours aussi plein d'énergie le soir. Dépitant. 


Nous vivons avec le rythme du soleil. Tout le monde est couché à 21h et se lève à 6h.

Nous commençons à marcher à 7h30 environ, après un petit déjeuner bien rustique. 
Chaque soir, nous découvrons un nouveau village, un nouveau gîte, les enfants sont surexcités de découvrir un nouveau lieu à chaque fois. 

 

 

 

Et nous, de mesurer encore plus comme la France est belle, et riche. 
Parfois, il ne faut pas aller chercher bien loin.
J'ai envie de dire que les grâces de la simplicité sont infinies.
Et plus  l'on vieillit et plus l'envergure de ce sentiment prend de l'épaisseur.
Et plus le désir de le transmettre à ses enfants grandit. 

Nos conseils / retour d'expérience (tadammmm) 

- Boire & manger : en randonnée, et surtout avec des enfants, ne pas attendre d'avoir soif pour boire, ni d'avoir faim pour manger. Proposer de l'eau très régulièrement, et un fruit secs, un morceau de pain, un peu de chocolat aussi régulièrement. Une bouchée suffit, mais il faut de la régularité. 

- Le jeu : mettre les enfants systématiquement dans le jeu sauve de la lassitude. 
Ma chance => Grégoire. La capacité de cet homme à créer du jeu à partir de ... rien, en fait, est assez bluffante. 
Il a réussi un après-midi, à faire des olympiades dans une forêt qui ont occupé les enfants 2 heures; les ressources de la nature et de l'imagination sont sans limites. 

- Prendre son temps / faire des pauses : nous avions un jeu de 7 familles et un jeu de dés.


Et non, un enfant n'a pas tant de prédispositions à se lasser, même à la 153 ème partie. Idée en plus : pousser le vice, et choisir le jeu de 7 familles " Les rois de France ", histoire de ne pas les laisser sortir indemnes de la multiplicité de ces parties. 

- Maintenir la joie / entraîner les enfants : très franchement, nous n'avons pas eu beaucoup de plainte, mais il y en a eu, forcément. 
La joie et la douceur, prendre par la main, avec un "oh mon petit coco, il est fatigué, viens on joue à jeu / chante une chanson / on se raconte une blague" est tellement très efficace. 

Parents, préservez-vous, faites rire vos enfants, maintenez-les dans la joie.

C'est bête à dire, mais c'est notre meilleure technique. 

- Les pochons : 4 randonneurs / 4 pochons, le format A4 suffit amplement. Les sacs sont défaits et refaits 2 fois par jour, et regrouper les affaires de chacun dans des petits sacs individuels facilite vraiment les choses. 

Nous avions préparé nos deux sacs ainsi : 

- sac de couchage x 2

- pochon x 2
- gourde sur les côtés
- porte carte / opinel / mouchoir / Créanciale dans le haut du sac. 

- La chasse au moindre gramme : Vraiment, vous n'aurez besoin de presque rien. Ne vous chargez pas. Et puis il y a tout ce qu'il faut dans les villages traversés; il faut tout de même bien vérifié les points d'eau pour être sûr de pouvoir remplir les gourdes. 

- Les gourdes : une gourde de 1L / personne, pas plus. Il est possible de remplir régulièrement (il faut boire au moins le double / jour)

- L'introspection, le silence : tout ce que l'on aime bien dans la rando, avec les kids : OUBLIEZ
Si le besoin s'en fait sentir, organisez-vous par tour de rôle, l'un part marcher devant 1h ou 2, l'autre reste avec les kids, et inversement. 

- Lâcher prise : que ce soit sur le rythme, et sur ces petites choses sur lesquelles nous sommes à cheval au quotidien, il faut que cela reste un moment de plaisir (enfin, c'est mon avis). Ex.  on s'est pris d'une passion pour les chips au goût improbable, strictement interdit à la maison, évidemment. 
Moi la première dans les épiceries, le soir, en préparant les pique-nique du lendemain : 

- tiens tiens, venez-voir les gars, j'ai trouvé chips parfum chèvre au piment d'espelette. 

- tu préfères pas brochette terryaki ?

- Ok... va pour chips sauce teryaki. Mais demain, c'est chèvre piment, c'est d'accord ? 


La suite 

Nous la préparons activement en ce moment. Nous continuons cette année, sans doute sur 100 ou 120 km et à ce rythme, nous pensons finir le Chemin ... disons, d'ici 12 ans ! 

Une grande étape nous attend, puisque nous traverserons le sublime village de Conques, et son abbaye majestueuse, dédiée à Ste Foy ( vitraux de Pierre Soulages) que fait vivre une communauté de Frères, au sens de l'humour affuté.  

 

ULTREÏA ! 

 

 

Nota Bene  : Concernant notre feuille de route, pourquoi avancer de 70 km en taxi, au début ? Nous avions déjà fait cette partie du Chemin Grégoire et moi (déjà 2 fois pour ma part) mais nous voulions faire vivre aux enfants tout le cérémonial de départ, comme expliqué plus haut.

Cependant, nous avons choisi de ne pas refaire les 3 premières étapes et de commencer au Sauvage, pour arriver tout de suite dans cette partie si jolie, et entrer dans le vif du sujet.

Notre parcours est à télécharger ici
La liste de notre sac à dos

 


2 commentaires


  • Benoîte

    Je recommande de ne prendre que des sacs à viande en soie : moins lourds à porter que des duvets – ca tient bien chaud et il y a des couvertures dans les gîtes. On fait comme ça chaque année (contrairement à la 1ere année où on était obligé d’avoir des duvets car on campait – pire idée de notre vie. On a cru mourrir de froid plusieurs fois sur le plateau de l’Aubrac)


  • Thebault Elise

    Très très bon article ! Merci beaucoup pour cette mine d’infos ! J’ai tant envie de sauter le pas !


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